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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 12:45

Au Cameroun, l'administration offre de nombreuses opportunités d'interactions avec les organisations de producteurs. Le DPP existe en effet sur les questions de politiques agricoles. Cependant, il n'est pas certain que ce dialogue soit fructueux et constructif parce que les conditions minimales de succès ne sont pas remplies :
le DPP n'est pas systématique et institutionnalisé, il est dominé par les cadres informels de concertation ;
les cadres de concertation sont multipolaires et cloisonnés les uns des autres ;
les OP ont du mal à parler d'une seule voix ;
au Cameroun, il n'est pas aisé de prouver ni l'existence opérationnelle de la majorité des OP (à travers des activités concrètes sur le terrain, services offerts aux membres), ni le statut professionnel des membres (en principe l'agriculteur de profession) d'une OP.
A quelques exceptions près, les OP n'ont pas de capacités à influencer les politiques agricoles au Cameroun. Les rares cas de succès identifiés procèdent, soit des organisations de firmes multinationales, soit des organisations dont les membres sont des entreprises ayant un bon niveau de viabilité économique.
Les contraintes au développement du DPP structuré pour la définition des politiques publiques dans le secteur agricole au Cameroun sont nombreuses et concernent à la fois les administrations, les OP et le cadre réglementaire :
Le cadre réglementaire sur les OP est incomplet :
le cadre légal qui régit les OP est certes assez libéral, mais il fragilise les organisations faîtières et interprofessionnelles ;
l'absence de clarification du statut de l'agriculteur entretien la confusion sur les critères d'éligibilité comme membre d'une OP. La volonté politique de promouvoir les OP se heurte à une administration peu engagée pour un DPP fructueux la faible sensibilisation des administrations sur les enjeux du DPP : en dépit du foisonnement des occasions d'interactions avec les OP, la logique de rente anéantit l'efficacité du DPP ; l'absence de cadre formel de concertation Etat/OP : la multipolarisation, le cloisonnement et la forte tendance à l'informalisation des cadres de concertation sont trois facteurs qui ruinent la portée et la crédibilité du DPP au Cameroun ; le manque d'engagement à structurer la CHAGRI n'est-il pas aussi la preuve de l'absence de volonté politique pour structurer le DPP ?
Les OP ont du mal à parler d'une seule voix : dans le contexte actuel, marqué par la forte atomisation du mouvement paysan et favorisé par un cadre légal très libéral, il se pose un réel problème de représentativité des OP dans les plates-formes de concertation.
Le nombre très limité de véritables confédérations légitimées par des actions concrètes de terrain, d'envergure régionale ou nationale crée un vide dans l'articulation entre le foisonnement d'OP de base et le sommet au niveau régional ou national. Ce vide constitue l'un des maillons faibles de la configuration du paysage des OP souhaitée par la réforme des années 90 et 92.

Il va de soit que ce soient quelques organisations, pas nécessairement représentatives des intérêts d'une multitude de petites OP de base, qui soient considérées souvent comme porte-parole des organisations professionnelles agricoles dans diverses instances de DPP.
La capacité des OP à contribuer au DPP et à influencer les règles du jeu est très limitée pour diverses raisons :
pour la multitude de micro-organisations qui constituent l'essentiel du tissu du mouvement paysan au Cameroun, la reconnaissance opérationnelle est le premier défi ; c'est à ce prix qu'elles pourraient se légitimer auprès de leurs membres et vis-à-vis des pouvoirs publics ;
pour les OP dont la légitimité est acquise, leur capacité à influencer les règles du jeu reste très faible à cause de leur précarité au niveau institutionnel : la majorité de ces OP qui monopolisent la scène du DPP ne peuvent se prévaloir, ni d'une légitimité interne, ni des ressources pouvant leur assurer une vie institutionnelle régulière. Elles dépendent financièrement soit des subsides de l'Etat, soit des bailleurs de fonds ; la médiocrité des services rendus aux membres limite leur capacité à mobiliser des ressources propres.
L'engagement de l'Etat pour favoriser l'émergence des OPA est reconnu par tous les acteurs. Cependant l'implication de ces organisations dans le processus d'élaboration des politiques agricoles, à travers un dialogue franc et constructif, demeure assez loin des attentes des acteurs privés. En outre, les OP déplorent l'absence de débat entre elles et l'Etat sur son rôle régalien dans le secteur agricole. Dans ce contexte, dialogue public-privé tel qu'il fonctionne actuellement mériterait d'être réaménagé tant sur la forme que sur le fond, pour qu'il ne soit plus perçu comme un paravent de dialogue motivé par la logique de rente.
Les recommandations qui suivent visent à inverser cette tendance :
renforcer les capacités des administrations et des OP en matière de DPP ;
formaliser les cadres de concertation OP/Etat ;
mettre en place des mesures d'accompagnement en ciblant en priorité: le réaménagement du cadre réglementaire sur les OP et l'accès des acteurs à l'information pour le développement agricole.

D'après le décret du Président de la République du 08/12/2004 portant organisation du gouvernement du Cameroun, le Ministère de l'Agriculture et du Développement Rural est en charge des questions relatives au développement de la production agricole (les productions végétales notamment) et au développement rural. Une des innovations marquantes de ce décret est l'élargissement du champ d'action du Ministère en charge de l'agriculture du développement rural.
Dans le décret 2005/118 du 15 Avril 2005 portant organigramme du MINADER, la conception et le suivi de la mise en œuvre de la politique agricole est dévolue à la "Cellule des Analyses Prospectives et des Politiques Agricoles" (CAPPA) rattachée à la direction des études, des programmes et de la coopération.
La CAPPA est chargée spécifiquement :
de la formulation de la stratégie sectorielle de développement rural et du suivi de la mise en œuvre ;
de la formulation et du suivi de la mise en œuvre des politiques agricoles et de développement rural.
L'actualisation en 2005 de la SDSR (Stratégie de Développement du Secteur Rural) élaborée en 2003 est le chef d'œuvre de la CAPPA. Le DSRP en cours d'implémentation par le gouvernement dans le cadre de l'IPPTE intègre la SDSR du MINADER. La version 2003 de la SDSR axée sur le diagnostic et les objectifs des politiques et de stratégies a été enrichie dans la version 2006 par le cadrage d'un programme chiffré. A l'occasion d'un séminaire de présentation élargi aux professionnels et aux ONG organisé courant 2005 par le MINADER, quelques organisations professionnelles agricoles ont émis des avis qui ont été pris en compte dans le document final. La majorité des organisations de producteurs les plus connues dans le pays ont été conviées à cette rencontre : CHAGRI, AGROCOM, CNOPCAM, ASSOBACAM, UCCAO.
Le MINEPIA est le ministère en charge du développement des productions animales (élevage, pêche, aquaculture). L'élaboration et le suivi de la mise en œuvre de la politique sectorielle est une mission dévolue à la division des études, des statistiques et de la coopération (DESC). La cellule des études et statistiques rattachée à la DESC, à l'instar de la CAPPA au MINADER, a la charge de la conception et de la mise en cohérence des politiques sectorielles. Elle s'occupe directement des statistiques au contraire du MINADER qui a une direction spécialisée.
2.1.4  Interaction entre MINEPIA/MINADER et articulation des politiques sectorielles et des politiques économiques
La bipolarisation des centres de conception et de confection des politiques agricoles est un fait marquant au Cameroun :
le MINADER pour les productions végétales ; et le MINEPIA pour les productions animales.
Ces deux ministères continuent à assurer la tutelle de la Chambre d'Agriculture (CHAGRI). Il apparaît de plus en plus urgent, la nécessité de décloisonner ces deux ministères qui partagent dans la réalité des actions de terrain, les mêmes cibles et les mêmes problèmes à résoudre pour assurer un meilleur développement agricole au Cameroun :
faible compétitivité du système de production (dominé par la petite exploitation paysanne) ;
faible structuration des producteurs ;
difficultés d'accès au financement ;
difficultés d'accès au marché et faible valorisation de la production etc.
C'est ainsi que ces dernières années, des passerelles se multiplient entre le MINADER et le MINEPIA, facilitées par des projets transversaux. Le PNVRA (Programme National de Vulgarisation et de Recherche Agricole) en est un exemple. Porté à la mise en place en 1988 uniquement par le Ministère de l'Agriculture, le MINEPIA sera associé au programme à partir de 1995 au niveau de la maîtrise d'ouvrage. La synergie avec les deux ministères se retrouve également autour du PSPA (Projet de Structuration des Professions Agricoles). Le PSPA en cours de formulation, vise à favoriser l'émergence des OP ; ce projet qui sera financé sur C2D prendra le relais du projet PARI à l'atteinte du point d'achèvement de l'IPPTE par le Cameroun. Le financement de la restructuration de la CHAGRI est prévu dans ce projet.
Le rôle du MINADER et du MINEPIA dans l'élaboration des politiques agricoles s'est fortement atténué ces dernières années, d'une part avec la multiplication (ou l'inflation) des départements ministériels en charge des questions économiques, et d'autre part avec le MINEFI (Ministère de l'Economie et des Finances) qui semble avoir la main mise sur les grandes orientations de politiques économiques fortement influencées par les préoccupations d'équilibre budgétaire.
Le MINADER et le MINEPIA se sont ainsi trouvés totalement impuissants face à la pression fiscale affectant directement la compétitivité des entreprises et des producteurs du secteur agricole.
Le MINADER n'est pas directement associé à la préparation des négociations des APE (accords de partenariats économiques avec l'Union Européenne) en dépit de la place de choix qu'occupent les produits agricoles dans les échanges UE/Cameroun. Il n'est pas associé non plus à la préparation des négociations sur le commerce international portée au niveau de l'OMC. La banane et le coton constituent pourtant les deux produits phares d'exportation du Cameroun et des autres pays d'Afrique régulièrement inscrits dans l'agenda des négociations. C'est le Ministère du Commerce qui pilote ce dossier avec une très faible synergie avec le MINADER.
Cette difficulté de mise en cohérence des activités des différents départements ministériels se répercute aussi dans la gestion de certaines filières agricoles considérées par leur poids économique comme stratégique (cas de la banane, du café et du cacao) :
sur la filière café-cacao, le MINADER n’a qu’une faible marge de manœuvre dans l’organisation de la commercialisation qui elle , relève du Ministère du Commerce.
la filière banane d’exportation échappe complètement au MINADER, qui n’est pas impliqué dans le programme d’amélioration de la compétitivité financé par l’UE .
Le graphique ci-après schématise la position et l'articulation qui existe entre différents départements ministériels dans le processus d'élaboration et de mise en œuvre des politiques agricoles.
Sur le tableau apparaît :
le MINADER et le MINEPIA comme les deux principaux architectes des politiques agricoles dont les marges de manœuvre sur l'environnement des producteurs et des entreprises du secteur agricole sont très limitées dues à l'inefficacité du dispositif institutionnel :
absence de proposition concrète pour stimuler l'investissement privé à travers par exemple une fiscalité attrayante et les instruments de financement adaptés ;
faible implication dans la préparation des négociations commerciales internationales touchant les grands dossiers agricoles tels la banane et le coton.
le MINEFI occupe une place prépondérante dans le dispositif d'élaboration et de mise en œuvre des politiques économiques en raison de la priorité donnée à l'équilibre budgétaire et l'atteinte du point d'achèvement IPPTE ; les compromis sont difficiles à obtenir sur les politiques d'incitation à l'investissement privé ;
le MINPLAPDAT (Ministère du Plan, de la Programmation et de l'Aménagement du Territoire). Compte tenu de sa jeunesse et de ses moyens assez limités, le MINPLAPDAT de fait chargé de la mise en cohérence des politiques sectorielles pour élaborer les politiques économiques et planifier le développement du pays à moyen et long terme, est réduit sur le plan opérationnel au suivi-évaluation du DSRP.Depuis le lancement de la nouvelle politique agricole en 1990, le soutien à l'émergence des OP apparaît comme un axe majeur de stratégie de développement de l'agriculture du Cameroun. Tous les acteurs sont aujourd'hui unanimes sur le rôle déterminant que le Ministère de l'Agriculture a joué et continue de jouer dans l'appui à la professionnalisation à travers ses services déconcentrés (au niveau provincial, départemental, communal et même des postes agricoles à l'échelle des villages) et des projets de développement. Un des résultats concrets de cette volonté politique est le foisonnement des organisations des producteurs dans tous secteurs et à tous les échelons de l'organisation du territoire. En 2005, environ 65 000 OP (Coopératives et Groupes d'Initiative Commune/GIC) étaient inscrits au service du registre COOP-GIC du MINADER, ce nombre serait de loin plus important si l'on considère celles qui se sont créées sous la forme d'association, de syndicat professionnel ou de GIE.
Le Cameroun dispose d'un cadre réglementaire assez souple et simplifié pour faciliter la constitution et la légalisation des organisations de producteurs. Le cadre réglementaire est ainsi clarifié à travers quatre textes de loi qui précisent les formes juridiques que peuvent adopter les OP pour se légaliser:
la loi 90/053 du 19/12/1990 relative à la liberté d'association ;
la loi 92/006 du 14/08/1992 relative aux sociétés coopératives et les Groupes d'Initiative Commune (COOP-GIC) ;
la loi n° 93/015 du 22/12/93 sur le Groupement d'Intérêt Economique (GIE) ; et
la loi n° 92/007 du 14/08/99 portant code de travail et des syndicats professionnels.
Selon la forme juridique choisie, la légalisation des OP dépend de trois administrations :
du service du registre au MINADER pour les sociétés coopératives et les Groupes d'Initiative Commune (GIC) ;
de la Préfecture (services déconcentrés du Ministère de l'Administration Territoriale et de la Décentralisation (MINATD) pour les associations ;
du Greffe du Tribunal (Ministère de la Justice) pour les GIE et les syndicats.
Le tableau joint en annexe 3 donne une synthèse sur les conditions de légalisation des COOP-GIC, Associations, GIE et Syndicats exigées par les lois sus-citées.
Dans la structuration des organisations de producteurs, il apparaît trois grandes catégories :
les coopératives et les groupes d'initiatives communes et leurs unions ;
les fédérations et les confédérations ; et
les interprofessions.
Selon la réforme de 1992, les coopératives et les groupes d'initiatives communes sont des organisations de base. La loi autorise leur regroupement en unions à l'échelle d'un territoire et autour des activités économiques dont le champ d'action reste très large dans le secteur rural. L'apparition des COOP-GIC est une nouvelle donne qui a profondément bouleversé la structuration des acteurs ruraux ces dernières années au Cameroun. C'est à travers ces organisations que le monde paysan, constitué essentiellement de très petits exploitants, a l'opportunité de s'exprimer et de bénéficier des appuis techniques et financiers de l'administration. La carte des COOP-GIC en annexe 4 montre qu'il y a un fort encrage du mouvement paysan dans toutes les provinces du Cameroun.
Les fédérations et les confédérations
Les fédérations ou les confédérations sont des structures faîtières des COOP-GIC. Dans le contexte actuel, elles peuvent se légaliser soit sous la forme des regroupements prévus par la loi de 1992 sur les COOP-GIC ou sous la forme d'association (loi de 1990).
Les fédérations se regroupent à une échelle géographique ou territoriale plus large. A travers leurs fédérations, les groupements trouvent un cadre plus approprié pour résoudre les problèmes difficiles à juguler à leur niveau (accès aux marchés, accès aux financements extérieurs, etc.). Les lois de 90 et 92 ont ainsi permis la création d'un grand nombre de fédérations de producteurs regroupé autour d'une même activité économique (un produit ou famille de produits sur un maillon d'une filière).
Les confédérations qui sont des unions des fédérations, sont peu perceptibles dans le paysage de la structuration des OP du Cameroun. Seulement, une demi-dizaine d'organisations peuvent être classées sous cette étiquette :
CNOPCAM (Concertation Nationale des Organisations Paysannes du Cameroun) : c'est une organisation de type généraliste qui recrute ses membres dans toutes les filières agricoles ;
UCCAO (Union Centrale des Coopératives Agricoles de l'Ouest) : l'UCCAO regroupe les planteurs de café à l'échelle de la province de l'Ouest Cameroun, regroupés dans des coopératives constituées à l'échelle de chaque département de cette unité administrative;
GIE OPCC (Organisation Professionnelle des Cotonculteurs du Cameroun) : encadrée par la SODECOTON, OPCC regroupe toutes les OP de coton des provinces du Nord et de l'Extrême-Nord du Cameroun ;
ASSOBACAM (Association des Producteurs Exportateurs de Banane du Cameroun): cette association regroupe tous les quatre producteurs exportateurs de banane au Cameroun;
CONAPROCAM (confédération nationale des producteurs du cacao du Cameroun);
Le statut d'association constitué d'acteurs ayant des intérêts communs autour d'un produit ou d'une filière, constitue la tendance forte des dynamiques de constitution des confédérations. Les confédérations de type généraliste seraient en perte de vitesse. Le nombre très limité de véritables confédérations légitimées par des actions concrètes de terrain, d'envergure régionale ou nationale crée un vide dans l'articulation entre le foisonnement d'organisations paysannes de base (niveau village, commune) et le sommet niveau départemental, provincial ou national.
Ce vide constitue un des maillons faibles de la configuration du paysage des organisations de producteurs souhaitée par la réforme de 1992. Les confédérations formées à partir d'unions de fédérations devraient avoir une envergure territoriale étendue au moins à une province, selon la dynamique de structuration du mouvement paysan. Il va de soit que ce soit quelques organisations, pas nécessairement représentatives des intérêts d'une multitude de petites OP de base, qui sont considérées souvent comme porte-parole des organisations professionnelles agricoles dans diverses instances de concertation avec les pouvoirs publics.Les interprofessions telles qu'elles se présentent actuellement au Cameroun sont structurées autour des filières agricoles intégrant les acteurs à différents maillons (production agricole, transformation, commercialisation, transport, etc.). Celles qui existent se sont constituées sous la forme d'association (loi de 1990). Tout comme les confédérations, cette forme de structuration des OP pour agir sur les filières agricoles reste assez faible au Cameroun. Seules quatre organisations se distinguent sur ce registre :
CICC : Conseil Interprofessionnel du Cacao et du Café ;
AGROCOM : organisation interprofessionnelle sur la filière horticole d'exportation ;
IPAVIC : Interprofession des Aviculteurs du Cameroun ;
UNEXPALM (Union des Exploitants de Palmiers à Huile du Cameroun) : implantée dans sept provinces du Cameroun, cette association regroupe les GIC et planteurs exploitant au moins 5 ha de palmiers à huile.
La Chambre d'Agriculture, d'Elevage et de Pêche du Cameroun (CHAGRI)
Souvent considérée dans les faits comme une organisation privée de défense des intérêts des professions agricoles, la CHAGRI fondée en 1955 avant l'indépendance du Cameroun, est régie par une réglementation spécifique : la plus récente qui date de 1984 (décret 84/004 du 10 Janvier 1984) apporte quelques amendements aux dispositions antérieures portant sur le statut de la Chambre d'Agriculture. Cette institution qui survit en marge de la dynamique de structuration des organisations professionnelles agricoles amorcée avec la réforme de 1992 et qui tire sa légitimité du pouvoir politique, a de plus en plus du mal à se justifier sur l'échiquier du mouvement paysan comme organisme de défense des intérêts des producteurs. Au regard de l'évolution de l'environnement actuel, la CHAGRI se trouve à la croisée des chemins : se réformer, disparaître ou demeurer une rente pour sa classe dirigeante.
Au Cameroun l'interaction entre les acteurs publics et les acteurs non étatiques concernés par les politiques publiques touchant le secteur agricole est une réalité bien encrée dans les mœurs des administrations. Les interactions existent tant au niveau de la formulation des politiques publiques qu'au niveau des interventions directes de l'Etat sur le terrain. Toutefois, si les expériences d'interaction avec les OP se sont multipliées et se consolident depuis une quinzaine d'années, les expériences de dialogue public-privé au niveau des politiques agricoles sont assez récentes (début des années 2000).
Nous avons retenu dix (10) OP dans l’échantillon pour analyser les expériences de ces acteurs privés en matière de dialogue avec l’Administration.  Le choix des organisations analysées a obéït à un certain nombre de critères objectifs :
1/ Les OP jouissant d’une certaine légitimité vis-à-vis des Pouvoirs Publics.
Ces organisations ont été sélectionnées parce qu’elles ont été souvent citées par les fonctionnaires du MINADER et du MINEPIA comme des structures avec lesquelles leurs Administrations entretiennent une coopération ;
2/ Les OP qui interviennent dans des filières jugées prioritaires et stratégiques par le MINADER et MINEPIA :
café-cacao (CICC) ;
avicole (APAVIC) ;
Palmier à huile (UNEXPALM) ;
Fruits et légume d’exportation (AGROCOM, ASSOBACAM, Task-Force Ananas) ;
3/ Les OP qui ont une notoriété établie sur un territoire donné :
Chambre d’Agriculture, de l’élevage, de pêche et de forêt (CHAGRI) ;
CNOPCAM : OP faîtière d’envergure nationale, dominée par des groupements de petits planteurs ;
UCCAO, dans la province de l’Ouest Cameroun ;
F.FeRuDJAL, OP constituée de groupements féminins, dans le département du Dja et Lobo (Province du sud).
L’échantillon compte :
une OP de la filière de production animale (IPAVIC) ;
quatre organisations interprofessionnelles : CHAGRI, CICC, APAVIC, AGROCOM ;
une association des firmes étrangères : ASSOBACAM.
L’annexe 1 présente en détail  pour chacune des OP visitées, les expériences en matières de DPP.
 Les cadres de concertation et de dialogue.
Pour le cas spécifique du secteur agricole, des entretiens menés avec les responsables des services du MINADER, du MINEPIA et des OP, il ressort que les OP sont conviées à une multitude de rencontres portant sur des thèmes variés en rapport avec les politiques agricoles. Ces occasions de concertation et de dialogue peuvent être regroupées en trois grandes catégories :
les rencontres « occasionnelles »
Rentrent dans ce groupe, les séminaires, les ateliers de réflexion et les réunions organisés par les Administrations pour  présenter les résultats des études sectorielles, valider des études de diagnostic, présenter les plans d'action et stratégies sectorielles ou  présenter de nouveaux projets . Ce cadre de concertation est de loin le plus  dominant, de plus il a pris une grande ampleur ces dernières années.
 les commissions techniques
Ce sont des comités, sous-commissions techniques ayant des missions ponctuelles ou institutionnalisées. C'est le cas par exemple du :
Conseil National Phytosanitaire (CNP)
Créé par arrêté n° 2005/0769 du Premier Ministre du 06 Avril 2005, le CNP est un organe consultatif en matière de politique de protection des végétaux au Cameroun. Il compte 20 membres dont un représentant des OP.
Conseil National des Semences et Obtentions Végétales (CNSOV)
Créé par décret n° 2005/53 du 04/05/2005, le CNSOV est un organe consultatif chargé de donner des avis sur l'ensemble des questions relatives à la production, commercialisation, contrôle de qualité, certification des semences et plants, susceptibles d'orienter la politique semencière nationale. Il compte 27 membres dont 11 représentants du secteur privé.
Comité Interministériel Elargi au Secteur Privé (CIESP)
Le CIESP créé par arrêté du Premier Ministre en 2003 est présidé par ce dernier. On y retrouve tous les ministères en charge des questions économiques dont le MINADER et le MINEPIA et toutes les grandes organisations professionnelles qui représentent le secteur privé :
la Chambre d'Agriculture ;
la Chambre de Commerce ;
le GICAM ;
le SYNDUSTRICAM (syndicat des industriels du Cameroun) ;
l'APEC (Association Professionnelle des Etablissements de Crédit).
A l'occasion des réunions du CIESP, le gouvernement présente au secteur privé les grandes orientations de sa politique et le secteur privé soumet à ce dernier ses doléances et ses attentes. Le DSRP qui devrait être soumis à la validation de la Banque Mondiale a été par exemple un point important de la première rencontre en Avril 2003. La seconde et la dernière réunion du CIESP s'est tenue en Août 2005. A cette réunion, il a été décidé de la création d'un comité de suivi des résolutions.
Conseil de Régulation et de Compétitivité (CRC)
Créé par décret du Président de la République le 22 Septembre 2004 (décret n° 2004/266), le CRC a pour mission de veiller à : la réalisation des objectifs fixés par la Charte des Investissements ;
l'harmonisation et à la cohérence des activités des organes de régulation et des organes chargés de promouvoir la compétitivité de l'économie, la concurrence et les investissements. Le CRC est une instance consultative placée sous l'autorité du Premier Ministre et regroupant les représentants du secteur public et du secteur privé. Les membres représentant du secteur privé sont les suivants :
Chambre de Commerce d'Industrie, des Mines et de l'Artisanat (CCIMA) ;
Chambre d'Agriculture ;
GICAM ;
SYNDUSTRICAM ;
APEC (Association des Etablissements de Crédit du Cameroun).
 les comités de pilotage des projets ou des études
Associer les privés et les OP au comité de pilotage des projets de développement est un véritable phénomène nouveau ces dernières années au Cameroun. La quasi-totalité des projets de développement ont un organe de pilotage associant les représentants des OP. Il en est de même de certaines études importantes lancées par le MINADER. Les ONG sont aussi souvent conviées à ces comités.
La description des ces trois groupes de cadre de concertation est présentée sur le tableau ci-après. Cette description est faite sous l’éclairage des principes de la Charte du DPP.
 Exigences de la charte DDP    C1 : les rencontres « occasionnelles »    C2 : les commissions techniques    C3 : les comités de pilotage des projets ou des études      
Mandats/ missions    Il n’y a pas de mandat officiel. Les membres sont cooptés par les Administrations qui organisent ces rencontres. Il n’y a en général pas d’obligation de résultat. Elles ne s’inscrivent pas dans un agenda prédéfini par les acteurs. La quasi-totalité des OP se plaignent d’ailleurs de ne pas être prévenues à temps sur la date des rencontres.    Les missions sont précises  et définies dans par des textes légaux (à travers des lois, décrets, arrêtés ministériels…). Les membres sont aussi souvent désignés par voie légale dans le même texte qui crée la commission. Leur nombre est actuellement assez limité.    Les missions des comités de pilotage sont précises et le mode de fonctionnement défini dans le cadre de chaque projet. En général leurs missions se situent dans le cadre du suivi-évaluation interne des projets en cours d’exécution.      
 Structures (formel/ informel/ multiple)    Ces rencontres n’ont en général pas de couverture légale (par exemple régie par un texte réglementaire). Néanmoins, les organisateurs se donnent toujours les moyens financiers nécessaires pour les organiser à travers le budget de fonctionnement des Ministères. C’est ainsi une opportunité pour les fonctionnaires de percevoir des perdiem et primes divers et, de récompenser des «amis» cooptés dans les OP.    Ce sont des structures formelles dont la légitimité relève d’un texte légal (arrêtés ou décrets du Gouvernement). Dans la majorité des cas, elles disposent des budgets de fonctionnement tirés exclusivement sur fonds publics. La CHAGRI participe par exemple à une vingtaine de commissions techniques.    Ce sont des instances qui peuvent être formelles ou informelles. Dans la majorité des cas, elles sont créées par arrêté ministériel qui désigne en même temps les membres (cas formel).
Les membres sont souvent cooptés par le maître d’œuvre ou le maître d’ouvrage. En principe, la fonction de membre est gratuite, mais dans les usages, le projet leur verse des perdiem.      
 Facilitateurs
 ou secrétariats    Compte tenu de la nature des thèmes, l’enjeu des résultats pour les OP est souvent assez éloigné des préoccupations à court terme de leurs membres, à la limite elles ne sont pas directement intéressées par les sujets mis en discussion. De ce fait les facilitateurs n’ont pas besoin d’avoir des capacités en matière de négociation. Leur rôle se limite plus à la gestion des prises de parole.    Le secrétariat peut être une structure permanente ou être assurée par des individus choisis parmi les membres. Par exemple, lors de la dernière rencontre du CIESP, il a été décidé de mettre en place un secrétariat permanent pour suivre les recommandations. En général, le président de la commission fait office de facilitateur quand il faut rechercher des compromis entre les acteurs. Dans la pratique, la partie Publique estime que cette position devrait lui revenir d’office.    L’intervention d’un facilitateur externe dans les comités de pilotage des projets n’est pas souvent nécessaire. Par contre le secrétariat est d’office assuré par l’équipe du projet qui se charge aussi de la préparation des rencontres en mettant les documents à la disposition des membres.     
 Exigences de la charte DDP    C1 : les rencontres «occasionnelles»    C2 : les commissions techniques    C3 : les comités de pilotage des projets ou des études .    
 Produits    Il n’y a en général pas d’obligation de résultat. La production se limite à un rapport qui n’est pas systématiquement distribué à tous les invités.
L’impact des rencontres sur les activés des OP ou de leurs membres sont peut perceptibles. En outre, quand il y a un impact potentiel , les résultats son difficilement mesurables. L’information est pratiquement l’unique bénéfice que les OP tirent de ces rencontres. Malheureusement ces informations ne sont pas redistribuées aux membres.    Les produits attendus sont circonscrits dans leurs missions.
Chaque rencontre a un agenda bien précis. Mais les OP déplorent le fait qu’il n’y a pas souvent de suite donnée aux productions de ces commissions (les recommandations ne sont pas suivies d’effet). Elles perçoivent ces structures comme une stratégie adoptée par le Gouvernement pour mettre entre parenthèse les questions difficiles. Cette attitude de la partie Publique a fortement contribuée à discréditer les initiatives de DPP aux yeux des acteurs non étatiques.    La production de ces comités est en général capitalisée par les agences d’exécution des projets qui elles ont une obligation de résultat à court terme.
Cette prédisposition donne plus de force à cette structure qui sur le plan formel n’a aucun pouvoir de décision sur les projets. Elle tire aussi une partie non négligeable de leurs forces des bailleurs de fonds qui influencent quelque fois les choix des  représentants privés.      
 Communication    Elles sont supportées en général par des documents distribués à tous les participants. C’est l’administration qui invite qui se charge de la préparation (production des documents et de l’ordre du jour) et des frais d’organisation. Les OP se plaignent sur la façon dont les Administrations les associes à ces rencontres : les documents techniques à analyser sont transmises tardivement aux OP, l’ordre du jour est communiqué dans la salle etc. En bref les OP estiment que l’Administration ne leur donne pas suffisamment de temps pour préparer leurs contributions.    La production des documents de travail mis à la disposition des membres est systématique. Dans le cas du CIESP, les représentants du secteur privé proposent des dossiers pour documenter les thèmes inscrits dans l’agenda des discussions. Cette préparation permet aux parties prenantes d’harmoniser leur niveau d’information.    Les documents de travail sont en général préparés par l’agence d’exécution du projet.
Son niveau d’expertise transparaît à travers ces documents. Ces documents sont de précieuses sources de statistiques pour tous les acteurs du secteur concerné.      
6- Évaluation et suivi    Les initiatives sont isolées, le MINADER et le MINEPIA n’ont pas l’exclusivité des initiatives. Elles ne sont pas coordonnées, elles sont cloisonnées les unes des autres ; les rencontres ne font pas en général l’objet d’évaluation ni de suivi.
Les perdiem constituent  une  incitation forte  à la participation des acteurs.    L’une des faiblesses de ces cadres formels de concertation est l’absence de mécanisme de suivi-évaluation des productions. La majorité des OP étudiées estiment que sans suivi-évaluation, ces concertations restent stériles.  C’est fort de ce constat que le secteur privé a fait pression sur le Gouvernement pour qu’il accepte la mise en place d’un secrétariat permanent pour le CIESP.    Le problème de suivi-évaluation des recommandations se posent avec moins d’acuité dans le cas des comités de pilotage. Le suivi-évaluation fait partie intégrante du cycle de projet.     
Exigences de la charte DDP    C1 : les rencontres « occasionnelles »    C2 : les commissions techniques     C3 : les comités de pilotage des projets ou des études      
 Niveaux géographiques (national/régional/ local)    Cette catégorie d’interaction se retrouve fortement concentrée au niveau national. Les occasions de rencontre au niveau local à l’échelle d’une commune sont plutôt rares. Cet  espace est souvent monopolisé par les OP qui n’ont aucune représentativité d’envergure nationale (les OP «transfuges»).    Cette catégorie d’interaction se retrouve fortement concentrée au niveau national.    C’est la forme de concertation qui favorise la rencontre des acteurs au niveau local ou régional. Cette décentralisation est favorisée par dissémination des projets de développement rural sur l’étendue du territoire national.      
Dialogues sectoriels et sous-sectoriels (distribution des opportunités secteur/filière)    Les thèmes de discussion sont assez ciblés et les champs couverts assez variés :
§1    plan sectoriel (séminaire de validation de la SDSR du MINADER ;
§2    plan multisectoriel (atelier de préparation et de validation du DSRP) etc.    Les commissions techniques peuvent avoir un champ de travail bien balisé (cas du Conseil National Phytosanitaire et du conseil national des semences) ou plus ouvert sur des questions concernant les  politiques économiques (cas du CIESP) ou orienté vers les préoccupations directes du développement du secteur privé (Cas du CRC).    Les enjeux de la participation des OP aux comités de pilotage des projets tiennent aussi au fait que ces projets leur offrent directement des opportunités pour le développement de leurs propres activités sous diverses formes :
§1    la sous-traitance (cas de l’implication des OP dans certains volets des activités du PNVRA) ;
§2    le renforcement des capacités ;
§3    l’accès aux marchés (cas du CICC) etc.      
 Interaction avec les conflits et Rôle des bailleurs        Les bailleurs ont encouragé le Gouvernement à mettre en place le CIESP dans le cadre le l’IPPTE. C’est aujourd’hui l’un des espaces de DPP d’envergure nationale qui a permis au secteur privé d’exercer une pression significative sur le Gouvernement (il a réussi à obtenir l’engagement de l’Etat à consentir d’importants investissements pour la rénovation des infrastructures de la ville de Douala et à lancer un ambitieux programme d’investissements pour accroître la fourniture d’électricité). La CHAGRI et AGROCOM sont les seules OP représentées dans cette instance.    L’implication des OP dans les comités de pilotage des projets de développement procède d’une action volontariste des bailleurs de fonds qui participent au financement de ces projets.
De nombreuses OP tirent leur légitimité de cette opportunité.     
Utilisation et résultats du DPP pour le développement du secteur agricole au Cameroun
L'analyse des expériences de concertation en rapport avec le secteur agricole présente quelques spécificités dont les traits caractéristiques sont les suivants :
1/- L'absence de systématisation du DPP dans la formulation des politiques publiques au Cameroun rend l'inventaire des cadres de concertation difficile
Les opportunités de concertation sont certes très nombreuses (à travers les séminaires, les réunions, les commissions techniques, les comités de pilotage) mais les initiatives manquent de coordination au niveau des services publics et de cohérence par rapport aux objectifs de politique ou de stratégie.
La forte atomisation des actions atténue fortement leur efficacité et limite les enjeux pour les acteurs privés (en terme de résultat).
Cette situation est un véritable paradoxe dans la mesure où la volonté de dialoguer avec les OP est irréfutable alors que les OP estiment que l'Etat n'est pas ouvert au dialogue sur son rôle régalien en matière de développement du secteur agricole.
Ce malaise, qui est réel, se justifie sans doute par l'absence d'un dispositif formel et institutionnalisé de dialogue entre l'Etat et les OP qui donnerait aux uns et aux autres l'occasion de débattre sur le fond les questions qui apparaissent comme des obstacles au développement agricole (les tracasseries policières, administratives et fiscales, le foncier, le financement, etc.).
2/-  La majorité des plate-formes de dialogue sont informels
C'est le cas par exemple des séminaires, des réunions, des comités de pilotage. Ce caractère informel limite l'engagement des parties à mettre en œuvre les résolutions qui en découlent. Ce statut a contribué à ternir l'image de ces rencontres public-privé. Elles sont perçues comme des artifices montées par les fonctionnaires pour arrondir les fins de mois (avec les perdiem). Elles sont aussi devenues de véritables rentes pour les dirigeants des organisations privées qui y sont conviés.
3/-  Très peu d'occasions de concertation et de dialogue public-privé existent au niveau local et régional
Seuls les projets de développement offrent actuellement les opportunités de concertation avec les OP au niveau d'un territoire (une commune, un département ou une province). Cette concertation se fait souvent dans les comités de pilotage et se limite aux acteurs installés dans le rayon d'action des projets.
Les services du gouverneur, au niveau provincial, organisent aussi régulièrement des réunions de concertation élargies au secteur privé, mais ces rencontres revêtent plus un caractère d'information sur les actions gouvernementales, que de discussions sur des questions de politique régionale de développement. Dans le cadre de la nouvelle loi sur la décentralisation (loi n° 2004/018 du 22 Juillet 2004 fixant les règles applicables aux communes), des pouvoirs assez élargis ont été donnés aux communes en matière de promotion de l'économie locale. Elles sont donc appelées à prendre des initiatives pour favoriser la concertation avec le secteur privé en vue de promouvoir le développement économique local. Les communes ne semblent pas encore préparées pour impulser la concertation.
4/-  Le monopole de la représentation des OP au dialogue public/privé par des organisations qui n'ont ni capacités à contribuer, ni légitimité pour représenter les producteurs
C'est la CHAGRI qui représente les intérêts des professionnels du secteur agricole dans toutes les instances formelles de dialogue avec les pouvoirs publics (CRC, CIESP…). Elle est ainsi appelée à participer à une cinquantaine de rencontres formelles et informelles comme représentant des professionnels privés du secteur agricole. D'autres petites organisations avec des leaders charismatiques apparaissent aussi régulièrement dans ces instances : AGROCOM, CNOPCAM, CICC. Ces organisations tirent leur légitimité des pouvoirs publics ou des bailleurs de fonds qui les financent.
Dans le contexte actuel avec une forte atomisation du mouvement paysan favorisé par un cadre légal très libéral, il se pose un réel problème de représentativité des OP dans les plates-formes de concertation. Face aux difficultés de s'unir pour parler d'une seule voix, les OP de base sont inaudibles. Toutefois, ce constat est à nuancer avec le cas des OP des filières de production animale (sous la tutelle du MINEPIA) et l'ASSOBACAM.
En définitive, la situation actuelle se caractérise par l'absence d'un cadre formel de concertation entre les OP et l'Etat où seraient débattues de manière systématique les questions de fond de politiques agricoles au Cameroun en présence des OP représentatives portées par leurs représentants légitimes (élus). Le premier obstacle à monter ce dispositif se situe du côté des OP elles-mêmes à cause de la forte atomisation du mouvement paysan.
Le MINADER à travers le projet PARI (Professionnalisation Agricole et Renforcement Institutionnel) piloté par la sous-direction des organisations professionnelles agricoles, s'emploie à combler ce vide (Cf. annexe 6).
Depuis 2005, le projet a engagé le processus de refondation et de construction de la plate-forme des organisations professionnelles agricoles au Cameroun et des cadres de concertation OP/Etat au niveau des provinces. La restructuration de la CHAGRI n'est malheureusement pas intégrée dans cette nouvelle dynamique. Tout porte à croire que le MINADER et le MINEPIA qui assurent sa tutelle ne sont pas politiquement solides pour s'attaquer à ce dossier. Cette situation confirme la multipolarisation des centres de décisions en matière de politique agricole au Cameroun.
5/  Rôle spécifique des bailleurs de fonds
Au Cameroun les bailleurs de fonds n'interviennent pas directement dans le processus du DPP. Cette neutralité apparente des bailleurs ne traduit pas pour autant une attitude d'indifférence. Les bailleurs de fonds sont pourtant fortement impliqués dans la création des conditions cadres du DPP à travers divers programmes et projets de développement. Ils appuient par exemple l'amélioration de l'environnement institutionnel du Cameroun à travers le programme national de gouvernance. Les bailleurs appuient aussi la consolidation du mouvement paysan à travers les projets de développement rural qui intègrent de plus en plus une composante OPA. Une trentaine de projets de développement réalisés avec l'appui financier de bailleurs intègrent ainsi une dimension OPA.
Le graphique ci-après donne un portrait des cadres de concertation existants et son évolution future selon la dynamique soutenue par le MINADER.
Ce graphique laisse apparaître deux grands blocs dans le dispositif de DPP :
le bloc central qui  illustre le dispositif existant ;
le bloc périphérique qui projette l'évolution future selon la vision du MINADER et des OP telle que présentée en annexe
DYNAMIQUE DE STRUCTURATION DES ESPACES DE DIALOGUE OPA/ETAT
La participation des acteurs au DPP

  Secteur public
Il apparaît que le MINADER et le MINEPIA n'ont pas l'exclusivité de l'organisation de lien d'interaction Etat/OP orientées sur les questions de politiques agricoles.
Dans la pratique et souvent sans concertation avec ces deux ministères, les OP participent aux rencontres organisées par d'autres départements ministériels et même au niveau interministériel.
A titre d'illustration : AGROCOM a été associé à la préparation des négociations APE (Accords de Partenariat Economique) entre l'Etat du Cameroun et l'Union Européenne, négociations pilotées par le MINEFI ;
La Chambre d'Agriculture, considérée comme représentant des organisations professionnelles privées, siège à la fois au conseil de régulation et de compétitivité (CRC) et au comité interministériel élargi au secteur privé (CIESP). AGROCOM en tant que membre du GICAM (Groupement Interpatronal du Cameroun y participe aussi).
Au MINADER et au MINEPIA, les fonctionnaires qui participent aux concertations et au dialogue avec les acteurs privés et les OP se recrutent à tous les échelons hiérarchiques. Les participants sont cooptés par la hiérarchie sur la base des critères qui ne sont pas toujours transparents. Dans la mesure où ces occasions génèrent souvent des rentes importantes contrôlées et monopolisées par les hauts fonctionnaires de l’Administration centrale, le choix des participants se fonde rarement sur la capacité à contribuer efficacement au sujet. C’est l’occasion pour ces derniers de récompenser (à travers les ordres de mission , des indemnités de représentation et autres avantages pécuniaires) les membres des réseaux informels dont les membres se rendent mutuellement des services qui n’ont aucun rapport avec les objectifs professionnels. Cette attitude animée par la logique de rente contribue fortement à réduire la portée et l’efficacité du DPP. Cette situation pourrait aussi expliquer la forte concentration des opportunités de rencontres (colloques, séminaires, ateliers…) au niveau national.
TYPOLOGIE DES OP ET CAPACITE A OPERATIONNALISER LE DPP POUR LE DEVELOPPEMENT AGRICOLE DU CAMEROUN

Typologie des OP
Comme il a déjà été relevé plus haut, les réformes des années 1990-1992 amorcées avec la NPA a permis la mise en place d'un cadre légal assez souple et libéral pour les organisations de producteurs. Nous faisons ainsi référence aux lois sur les associations, les coopératives et les groupes d'initiatives communes (GIC) et les GIE. Le tableau en annexe 3 décrit les conditions de création des OP offertes par ce cadre juridique et les avantages spécifiques qu'il leur procure. Le paysage des OP compte aujourd'hui près de 65 000 organisations. Ce nouveau cadre juridique a permis de régler le problème de légalité des OP, mais le problème de légitimité institutionnelle et opérationnelle demeure entier. De nombreuses organisations comptabilisées dans les statistiques du service du registre COOP-GIC, n'ont pas pu fonctionner. Celles qui fonctionnent quant à elles n'ont souvent pas de moyens pour offrir des services à leurs membres. Très peu ont réussi à franchir le stade d'organisation primaire.
L'analyse des OP a permis de les classer en quatre catégories dominantes :
1/-  Les organisations primaires
Ce sont les OP (GIC, unions de GIC dont le rayon d'action se limite à un petit territoire (quartier, village…)). Ces OP de base, se développent très faiblement à cause de leur faible capacité à communiquer ou à échanger hors de leur noyau constitutif (famille, amis, ethnie…).
Cette catégorie constitue de loin la plus grosse cavalerie des OP (le foisonnement favorisé par le cadre légal libéral et souple). Cette atomisation de structures portées par des opérateurs économiquement faibles et fragiles (sans moyens de production, accès difficile au marché, au crédit et à la terre dans certains cas) rend la constitution difficile des regroupements représentatifs et le service aux membres médiocre, en dépit de la volonté de l'Etat de favoriser l'émergence des OPA.
Ce groupe se caractérise par :
des services médiocres à leurs membres ;
la précarité économique des membres (petits planteurs, activités informelles évoluant dans une logique de survie) ;
difficultés à parler d'une seule voix et à argumenter leur légitimité auprès des pouvoirs publics.
2/-  Les OP ayant un fort encrage sur un territoire à l'échelle d'une province ou d'un département
C'est le maillon manquant de la structuration du mouvement paysan au Cameroun. Quoique la loi permette de créer des unions de fédérations d'OP étendues à l'échelle d'une région, très peu d'organisations viables de cette envergure ont pu voir le jour.
F.FERUDJAL (dans le département du Dja et Lobo et UCCAO à l'Ouest-Cameroun font figure d'exception. Elles sont soit généralistes (FFERUDJAL), soit spécialisées sur une filière donnée (UCCAO). Elles tirent leur légitimité interne de la qualité des services rendus aux membres. Elles ne sont pas nécessairement représentatives. Elles sont régulièrement invitées aux concertations élargies au secteur privé et aux comités de pilotage des projets d'envergure territoriale.
Le développement de leur fonction technique les prédispose souvent au PPP pour la réalisation de certains projets locaux (sous-traitance).
3/-  Des OPA structurées sur la base des intérêts des membres, offrant des services ayant un impact mesurable à court terme sur l'activité des membres
Ce sont de véritables OPA en ce sens que les membres évitent de se comporter comme un passager "clandestin".
Cas : TASK FORCE ANANAS, ASSOBACAM, IPAVIC, OPCC-GIE (organisation des producteurs de coton du Cameroun).
Les membres se caractérisent par une forte connexion sur les marchés (évoluant dans une logique commerciale). L'OP prend son encrage sur les membres par une offre de service visant directement soit les parts de marché, soit la compétitivité des membres. Elles valorisent constamment leurs poids économiques pour conquérir leur légitimité auprès des pouvoirs publics et non l'effet du nombre.
C'est ce qui explique leur invitation régulière au DPP et les bons points qu'elles marquent à l'occasion du DPP. Elles bénéficient du soutien des bailleurs de fonds qui peuvent être utilisés comme moyens de pression pour faire appliquer les résolutions à adopter dans le DPP.
4/-  Les OPA "transfuges"
Cette catégorie considérée dans le mouvement paysan comme les "heureux élus", est constituée par des organisations créées à l'initiative de l'Etat ou indirectement à travers des projets de développement.
Elles sont le fruit de "l'Etat Développementaliste, caractéristique de la bureaucratie administrative dans les pays d'Afrique au Sud du Sahara dominée par des conflits d'intérêts (fonctionnaires entrepreneurs).
C'est par exemple le cas de la CHAGRI, AGROCOM et dans une moindre mesure du CICC et de la CNOPCAM. Cette catégorie d'OP régulièrement invitées dans les instances de concertation et de DPP, quoique coupées de la base, ont tendance à parler au nom de tout le mouvement paysan du Cameroun.
Elles sont dirigées soit par des leaders charismatiques, soit des dirigeants fortement inféodés au pouvoir. La plupart de ces OP sont en perte de vitesse dans un contexte où les OP de base se structurent et commencent à avoir une légitimité au niveau de leur terroir (départemental ou provincial). Elles influencent très peu les politiques agricoles d'autant qu'il y a une fragmentation et un cloisonnement des cadres de concertation.
  Capacité des OP à opérationnaliser le dialogue : leçon des expériences de DPP au Cameroun
La question de capacité à participer au DPP concerne principalement les OP de la première catégorie qui constituent la grande partie de la masse paysanne aujourd'hui absente dans les espaces formels et informels de dialogue tels qu'ils se présentent actuellement. Les trois autres catégories d'OP (voir typologie des OP) offrent plus d'atouts en matière de contribution au DPP en dépit du fait qu'elles influencent très peu les politiques agricoles :
elles ont plus d'accès aux informations ;
les dirigeants sont mieux formés et certains ont des affinités avec les fonctionnaires des administrations concernées par les initiatives de DPP ; elles bénéficient d'une certaine légitimité vis-à-vis des pouvoirs publics et des bailleurs de fonds ; certains ont un poids économique qui justifie l'intérêt des pouvoirs publics pour leurs organisations.
Pour ces micro organisations inaudibles, la simplicité et la souplesse du cadre légal leur a permis de franchir aisément l'obstacle de la légalité. Cependant, elles demeurent confrontées aux difficultés de reconnaissance opérationnelle. Au MINADER, on affirme sans doute à tort ou à raison que de nombreuses OP inscrites dans le répertoire des services du registre n'existent que sur papier.
L'identification des OP vraiment fonctionnelles est cependant indispensable dans le cadre de leur mutation vers des organisations professionnelles agricoles (OPA)… Il s'agit d'un préalable pour monter une véritable plate-forme professionnelle agricole dont les membres seraient des OP ayant des actions concrètes et un rayonnement prouvé sur leurs membres sur le terrain. Le MINADER à travers le projet PARI s'emploie depuis 2004 à mettre en place un observatoire des OP pour suppléer à cette insuffisance.
Au-delà de la reconnaissance opérationnelle des OP, il paraît indispensable de clarifier le statut de l'agriculteur au Cameroun, afin d'éviter que de non professionnels continuent de monopoliser la scène dans les instances de DPP. "Il n'existe dans aucun des textes législatifs et réglementaires fondant l'existence et les activités des OP, une définition claire du statut de l'agriculteur… C'est pourtant ce statut qui devrait être le critère de base de l'appartenance à une OPA".
Dans un contexte où il n'est pas aisé de prouver ni l'existence opérationnelle de la majorité des OP (à travers des activités concrètes sur le terrain, services offerts aux membres), ni le statut professionnel des membres (en principe l'agriculteur de profession) d'une OP, on serait tenté de conclure que les conditions fondamentales pour que le dialogue OP/Etat soit fructueux, sont assez loin d'être remplies au Cameroun.
Organisations de producteurs : au côté de diverses instances étatiques comme partenaire de réflexion non indispensables
Si l'engagement des pouvoirs publics pour structurer le monde paysan et favoriser l'émergence des organisations professionnelles agricoles (OPA) est reconnu par tous les acteurs, l'implication de ces organisations dans le processus d'élaboration des politiques agricoles à travers un dialogue franc et constructif reste assez loin des attentes des acteurs privés.
Certes, il apparaît dans la pratique que les OP sont invitées à divers niveaux à rencontrer les acteurs publics (MINADER, MINEPIA et autres administrations) pour échanger sur des thèmes ayant des implications directes sur le secteur agricole ou sur l'environnement économique en général. Cependant, tout porte à croire que les étapes qui restent à franchir pour que le DPP soit fructueux et mutuellement bénéfique pour l'ensemble des acteurs sont encore nombreuses :
Du côté des OP
Il apparaît le problème de représentativité et de faible capacité de ces dernières à "faire pression sur l'Etat non seulement pour qu'il s'améliore et se réforme, mais également pour qu'il renforce et clarifie l'environnement des affaires et intervienne dans les domaines où il existe d'importants "échecs de marché"".
Du côté de l'Etat
En dépit du fait qu'il organise régulièrement des concertations sur une diversité de thèmes orientés vers le champ des politiques agricoles (accès des planteurs aux marchés et aux services d'encadrement et financier, accès aux inputs agricoles, etc.), les OP déplorent l'absence de débat fructueux entre elles et l'Etat sur son rôle régalien dans le secteur agricole. A savoir le rôle d'arbitre, de régulateur et de facilitateur visant entre autres à démanteler les tracasseries administratives récurrentes (tracasserie policière, tracasserie du fisc) et à créer les incitations à l'investissement dans le secteur agricole (facilitation de l'accès au foncier, couverture des risques agricoles, réduction des aléas sur les marchés…). Les concertations sont souvent organisées sur des thèmes variés sans cohérence, cloisonnés les uns les autres. De même, les cadres de concertation sont atomisés, cloisonnés les uns les autres, organisés dans des perspectives de très court terme et animés par des agents peu convaincus des enjeux pour les acteurs privés.
Les OP régulièrement conviées dans les diverses instances de dialogue sont peu représentatives et pas du tout préparées à y contribuer
L'étude a établi qu'un nombre assez limité d'OP est régulièrement convié aux instances de concertation Etat/privé. Les noms d'une dizaine d'OP sont souvent cités par les services publics concernés : CHAGRI, AGROCOM, CICC, CNOPCAM, IPAVIC, ASSOBACAM, CONAPROCAM, UCCAO, OPCC. Toutefois, CHAGRI, AGROCOM, CNOPCAM et CICC se distinguent par leur taux élevé de fréquentation ou de participation aux concertations organisées, soit sous la houlette du MINADER soit au niveau des autres ministères en charge des questions économiques (MINPLADAT, Ministère du Commerce, MINEFI).
Deux exemples sont analysés pour illustrer ce constat : cas SDSR et du DSRP. Le document portant sur la stratégie de développement du secteur rural (SDSR) qui constitue une des pièces maîtresses du DSRP décline dans la méthodologie qui a conduit à sa validation en 2003 et sa révision en 2005, la forte implication des acteurs à la fois pour valider le diagnostic et les objectifs de politique et de stratégie.
La majorité des organisations sus-citées affirment avoir participé à au moins une réunion organisée par l'administration dans le cadre du processus d'élaboration de ces documents (SDSR et DRSP). Cependant, la quasi-totalité des dirigeants ne semble pas être concernée ni par les objectifs de politiques ni par les objectifs de stratégie. Et pour cause, la participation de ces OP ne débouche sur aucun engagement tant de leur côté que du côté de l'Etat. Cet engagement pourrait se matérialiser par la mise sur place d'un mécanisme de suivi impliquant toutes les parties. Quelques OP "privilégiées" qui ont été conviées aux différentes réunions de concertation sur le SDSR et sur le DSRP y ont donc assisté comme des "passagers clandestins"
A défaut d'être de véritables porte-parole des OP qu'elles prétendent représenter, elles en profitent pour conforter leur légitimité vis-à-vis des pouvoirs publics ou des bailleurs de fonds. Les dirigeants tirent au passage quelques rentes à travers des indemnités de représentation ou une plus grande visibilité personnelle sur le plan politique.
Un autre handicap, non des moindres au niveau des OP réside dans leur faible capacité à "influencer les règles du jeu compte tenu de leur précarité institutionnelle. En se limitant aux cas de la CHAGRI et de AGROCOM, ces deux institutions présentes à toutes les instances de concertation concernant le secteur privé agricole, n'entretiennent plus une vie institutionnelle normale et régulière depuis de nombreuses années. Les assemblées statutaires ne se tiennent plus, elles manquent de ressources humaines et financières pour se mettre dans de bonnes dispositions pour préparer leur participation aux concertations (études et données de référence sur l'activité de leurs membres).
Au niveau opérationnel les OP sont par contre impliquées dans la mise en œuvre des programmes qui sous-tendent les politiques agricoles.
Le désengagement de l'Etat dans les fonctions de production au profit d'une plus grande responsabilisation des acteurs privés et des paysans, retenu comme un des objectifs principaux de la nouvelle politique agricole (NPA) lancée en 1992, s'est traduit dans les faits non seulement par de nombreuses réformes au niveau du cadre institutionnel (voir plus haut), mais aussi par de nouvelles orientations données aux différents projets de développement du secteur agricole.
L'interaction avec les organisations de producteur apparaît ainsi comme une tendance lourde des choix de stratégie de mise en œuvre des projets de développement. Comme le montre le tableau en annexe 1 qui fait l'inventaire des projets du portefeuille du Ministère de l'Agriculture en 2004, la quasi-totalité de ces projets ont une composante OPA (Organisation Professionnelle Agricole). Les OP sont impliquées dans ces projets :
soit comme bénéficiaires directs des interventions : structuration, consolidation institutionnelle, développement des capacités à améliorer la qualité des services à leurs membres, etc. ;
soit comme acteurs / partenaires : maître d'œuvre de certaines activités à caractère technique au profit de leurs membres ; soit encore comme partenaire de réflexion au côté de l'agence d'exécution : en participant au comité de pilotage du projet.
Le cas du PNVRA (un projet de grande envergure qui fonctionne depuis le début des années 1990) est présenté pour mieux illustrer cette interaction entre l'Etat et les OP dans la mise en œuvre des projets de développement.
ANALYSE DES INCITANTS ET BLOCAGES AU DEVELOPPEMENT DU DPP
Sur la base du diagnostic réalisé dans les parties précédentes de l'étude, ce paragraphe présente au tableau synoptique des incitants et blocages au dialogue entre OP et l'Etat.
Il est irréfutable que le DPP existe bel et bien au Cameroun sur les questions de politique agricole, par contre, il n'est pas certain que ce dialogue soit fructueux parce que les conditions cadres ne sont pas remplies :
le DPP n'est pas systématique et institutionnalisé, il est dominé par les cadres informels de concertation ;
les cadres de concertation sont multipolaires et cloisonnés ; les OP ont du mal à parler d'une seule voix.
Les incitants et blocages au développement du DPP
 Les incitants (ou facteurs favorables au dialogue)
le cadre légal de constitution des OP est souple et assez libéral ;
il existe dans les administrations (MINADER et MINEPIA) des services spécialisés de promotion du mouvement paysan :
direction des OPA au MINADER ;
cellule du registre COOP-GIC au MINADER ;
sous-direction des innovations et des OP au MINEPIA ;
des programmes spécialisés d'appui à l'émergence des OPA sont mis en place par l'Etat :
projet PARI (Professionnalisation agricole et renforcement institutionnel) ;
PSPA (Programme spécial de Professionnalisation Agricole, projet en cours de préparation en synergie MINADER/MINEPIA) ;
la systématisation de l'introduction d'une composante OP dans la quasi-totalité des projets de développement rural ces dernières années, avec le PNVRA comme projet phare ;
la multiplication des occasions des rencontres entre OP et les administrations crée nécessairement des interactions (séminaires, réunions, comités techniques, comité de pilotage…) et suscite le DPP.
Les blocages au DPP restent pourtant encore nombreux
1/-  Le cadre juridique de structuration des OP est incomplet
le statut de l'agriculteur est à clarifier ;
le cadre juridique très libéral sur les COOP-GIC et les associations rend assez difficile la création de véritables OP faîtières d'envergure régionale (provincial) et nationale. Il en est de même d'OP interprofessionnelles pour gérer les filières agricoles à l'instar du CICC pour le café-cacao. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles les OP ont du mal à parler d'une seule voix en face de l'Etat qui souhaiterait limiter le nombre des interlocuteurs privés dans le cadre du DPP.
2/-  L'absence de structure formelle de dialogue avec les OP
C'est le grand vide constaté dans le dispositif de DPP au Cameroun. En l'absence d'une telle structure, il serait difficile de mettre en cohérence la multitude des cadres informels de concertation. En outre, il serait difficile pour les OP d'influencer les politiques agricoles et pour l'administration de les mobiliser autour des objectifs de politique. L'image du DPP est quel que peu ternie à cause de la difficulté des acteurs privés à percevoir ses résultats. Pour de nombreuses OP, le DPP est stérile et ne génère que des rentes pour ceux qui y sont invités.
3/-  La multipolarisation et le cloisonnement des cadres de concertation anéantissent la capacité des OP à influencer les politiques publiques (contribuer et orienter)
Avec la multiplication des occasions d'interactions entre les OP et les administrations, tout porte à croire qu'il y a une forte tendance à la systématisation du DPP au Cameroun. Toutefois, la multipolarisation des instances de concertation et le cloisonnement les unes les autres rendent ces rencontres très peu productives en matière de politiques économiques. Cette situation est aggravée dans un contexte où la coordination de l'action gouvernementale est rendue difficile, avec un nombre pléthorique de départements ministériels.
4/-  La difficulté à réformer la Chambre d'agriculture
Quoique les opportunités de concertation soient nombreuses, le DPP est jugé aujourd'hui stérile en partie à cause de l'état de nécrose dans laquelle se trouve la CHAGRI depuis plus de vingt ans. Conçue au départ pour défendre les intérêts des professions agricoles, le MINADER et le MINEPIA qui assurent la tutelle de la CHAGRI seraient incapables de la réformer pour qu'elle s'adapte à la dynamique des attentes du mouvement paysan du Cameroun.
Le MINADER s'emploie actuellement à mettre en place une plate-forme professionnelle agricole alors qu'une chambre d'agriculture réformée pourrait suppléer au vide que cette nouvelle organisation entend combler.
  Le contexte actuel offre aussi de réelles opportunités favorables au développement du DPP
Les opportunités les plus en vue sont :
1/- Les conditions cadre imposées par l'admission du Cameroun à l'initiative PPTE qui exige du côté du gouvernement des réformes et des progrès substantielles en matière
de bonne gouvernance ;
du rôle accru du secteur privé dans la stratégie de croissance durable et de lutte contre la pauvreté ;
de participation (mobilisation) de l'ensemble des acteurs autour des objectifs du millénaire (ODM).
2/- La volonté politique à dédier aux OP un rôle majeur dans la stratégie de développement du secteur rural (SDSR)
L'attitude volontariste de l'Etat en faveur de la mise en place d'une plaque professionnelle agricole (PPA) et des cadres de concertation OP/Etat au niveau des provinces et au niveau national est un fait marquant (Cf. annexe 5).
3/-  La reprise des investissements publics dans le secteur rural
L'agriculture camerounaise continue de souffrir d'une carence de ressources pour accroître les investissements dans le secteur. L'absence d'une structure spécialisée de crédit agricole accentue cette faiblesse.
L'Etat actuellement consacre environ 3 % de son budget au secteur agricole, niveau en-deçà des 10% fixé comme objectif par les ministres africains de l'agriculture dans le cadre du NEPAD. Les remises importantes de dette prévues au franchissement du point d'achèvement à l'IPPTE devrait dégager des ressources additionnelles substantielles que l'Etat pourrait affecter au développement de l'agriculture tel que prévu dans le DSRP. D'ores et déjà, plusieurs projets de développement rural sont prévus dans le C2D de la France.
Incitants et blocages internes aux OP pour le développement du DPP
 Les incitants internes aux OP tiennent à plusieurs facteurs
L'incapacité des producteurs à faire face individuellement aux multiples contraintes qui fragilisent l'agriculture et qui fait du secteur rural la principale poche de pauvreté au Cameroun.
"L'analyse diagnostic du secteur agricole et rural révèle que les contraintes majeures à son développement sont les suivantes :
la faible production et productivité des exploitations ;
les difficultés d'accès aux marchés ;
la précarité des conditions de vie ;
la faible organisation des acteurs ;
un environnement institutionnel insuffisamment adapté ; et
l'insuffisance des crédits" et  "Selon les statistiques de l'INS EN 2001, sur un effectif de 6.217.000 pauvres au Cameroun, 5.255.000 habitent le milieu rural soit 85 %. S'agissant de la pauvreté au sein des ménages d'agriculteurs, elle touchait 42,8 % de ménages".
Cette situation de crise profonde est de nature à inciter les OP au dialogue avec l'Etat autour des questions "d'échec de marché" et du rôle régalien de l'Etat dans le développement de l'agriculture au Cameroun.
Le cadre juridique assez libéral qui facilite la légalisation des OP et le regroupement des OP en OPA. Ce cadre légal et réglementaire assez souple a révolutionné le mouvement paysan au Cameroun qui peut désormais s'exprimer en toute légalité à travers la formation des OPA multifonctions ou spécialisées sur une filière (les interprofessions).
 Les blocages internes aux OP demeurent cependant considérables et difficiles à lever
"Les obstacles et menaces à la survie et au succès des organisations agricoles sont nombreuses, diverses et touchent les fonctions vitales d'une organisation d'agriculteurs : leadership, légitimité et représentativité, mobilisation et participation, capacités techniques de production, de planification et d'organisation… relatives aux activités agricoles".
Cette analyse met en évidence la faible capacité institutionnelle des OP au Cameroun. Cette précarité institutionnelle limite évidemment leur capacité d'une part à établir leur légitimité interne et externe et d'autre part à contribuer efficacement au DPP.
La faible capacité des acteurs a générer des statistiques pouvant servir au DPP constitue une véritable contrainte
D'une manière générale, le Cameroun souffre d'un important déficit en statistiques sur le secteur agricole. Le dernier recensement agricole date de 1984 (22 ans). Dans ce contexte, on se pose la question de savoir sur quelles bases se fondent les politiques agricoles au Cameroun depuis une vingtaine d'années.
En l'absence de l'organisation régulière de recensements agricoles pour des fins statistiques, il existe plusieurs sources de données statistiques sur le secteur agricole au Cameroun. Cependant, l'accès aux informations est rendu très difficile à cause d'une part de la trop grande dispersion des services en charge de la collecte et d'autre part par l'inexistence d'un système d'information agricole capable de centraliser la multitude des études et enquêtes sectorielles touchant directement le secteur rural.
Le MINADER et le MINEPIA constituent les principales sources de collecte des données statistiques et autres type d'informations quantitatives et qualitatives sur le secteur agricole, chacun de ces deux ministères disposent de services en charge des statistiques avec des ramifications à travers les services déconcentrés qui desservent l'arrière pays. Ces ministères réalisent ainsi tous les ans une multitude d'études qui sont autant de précieuses sources de données statistiques dont les acteurs du DPP peuvent s'en servir. Ces informations sont malheureusement dispersées dans les services et ne sont souvent pas partagées entre les différents services à l'intérieur d'un même ministère. Les OP usant des affinités personnelles avec certains fonctionnaires peuvent avoir accès à ces études et rapports.
Les projets de développement sont actuellement les meilleures sources de données fiables sur le secteur rural au Cameroun. Ces données sont collectées essentiellement pour les besoins de suivi-évaluation de ces projets. Malheureusement, les ministères qui assurent leur tutelle capitalisent très peu ces informations en raison de la faiblesse du dispositif de statistiques et d'études de ces derniers.
Le PNVRA qui a couvert l'ensemble du pays jusqu'à l'échelon des villages est une véritable mine d'informations sous-exploitées à la fois par l'administration et les OP qui en étaient les principaux bénéficiaires.
L'INS (Institut National de Statistiques) réalise régulièrement des enquêtes sectorielles, au cours de ces dernières années elle a réalisé de nombreuses enquêtes sur la pauvreté dans le cadre de la réalisation du DSRP et pour le suivi de sa mise en œuvre. Les enquêtes ECAM (Enquête sur la Consommation Alimentaire des Ménages) réalisées régulièrement depuis 2000 s'inscrivent dans cette perspective. Ces enquêtes ont servi à fixer les objectifs de politique de la SDSR qui confère au secteur agricole le rôle de principal levier de la croissance économique et de la lutte contre la pauvreté au Cameroun. Les institutions de recherche, des ONG et des bureaux d'études regorgent de données statistiques qu'ils utilisent à l'occasion de leurs diverses missions d'études et de recherche sur le terrain. Ici comme dans les ministères, la mutualisation de l'utilisation de ces données éparses est très difficile à envisager. Ce précieux capital en informations est en fin de compte très peu valorisé par les différents acteurs de développement du secteur agricole.
Au niveau des OP elles-mêmes, leur viabilité institutionnelle dépend en grande partie de leur capacité à accéder à l'information et à diffuser des informations utiles pour le développement des activités de leurs membres (information sur les marchés, informations techniques, informations sur la réglementation, etc.). Elles doivent aussi disposer des informations technico-économiques sur leurs activités pour justifier leurs besoins d'appui ou pour orienter les politiques agricoles en leur faveur. L'analyse des expériences de DPP chez les OP met en évidence la faible capacité de la majorité de ces organisations à produire des statistiques pouvant les aider à participer efficacement au processus de DPP. Dans ces conditions, elles se trouvent en général en position de subir les politiques et de les orienter au profit de leurs membres. A titre d'exemple, ni le MINADER et le MINEPIA et encore moins les OP n'ont pas été en mesure de dissuader le MINEFI à appliquer la TVA sur le matériel et les intrants agricoles et à soumettre le jus naturel de fruit au droit d'accises dans la loi des finances 2006. En dépit du fait que le MINADER ne soit plus capable de réaliser le recensement agricole depuis plus de 20 ans, l'Etat et les bailleurs de fonds investissent des sommes considérables dans les études et des enquêtes thématiques qui peuvent contribuer à enrichir la participation des différents acteurs au DPP. En l'absence d'un système de mutualisation de ces informations disséminées dans différentes administrations, les instituts de recherche, les ONG et les bureaux d'études, l'accès à ces informations demeure assez difficile.
Analyse swot du cadre du développement du DPP au cameroun

FORCES   et  FAIBLESSES       
·    Cadre légal et réglementaire souple et libéral pour les OP ;
·    Une administration qui offre de nombreuses opportunités d'interaction avec les OP ;
·    Des services d'appui aux OP au MINEPIA et MINADER ;
·    L'existence de nombreux projets avec composante OPA ;
·    L'engagement politique de l'Etat pour le développement de l'agriculture et le DPP.    ·    Cadre légal et réglementaire incomplet pour les OP :
-    Fragilise les organisations faîtières et interprofessionnelles ;
-    Absence de clarification du statut de l'agriculteur ;
·    difficultés à restructurer la CHAGRI ;
·    Multipolarisation et cloisonnement des cadres de concertation ;
·    Absence de cadre formel de concertation OP/Etat ;
·    La forte tendance à l'informalisation de l'interaction Etat/OP ternit la portée et la crédibilité du DPP aux yeux des OP ;
·    Faiblesse du dispositif de production de statistiques agricoles et difficultés à mutualiser les informations existantes.       
OPPORTUNITES et   MENACES       
·    Le contexte est favorable à la bonne gouvernance impulsée par l'admission du Cameroun à l'IPPTE;
·    La reprise des investissements dans le secteur agricole ;
·    Le rôle majeur de la SDSR dans le DSRP mobilise plus d'intérêt pour le développement du secteur rural.    ·    Difficulté des OP à parler d’une seule voix
·    Les difficultés à réformer l'administration pour que des progrès significatifs soient réalisés dans le domaine de la bonne gouvernance ;
·    Faible sensibilisation des Administrations sur les enjeux du DPP ;
·    La logique de rente qui anéantit l'efficacité du DPP.    

Surmonter les obstacles institutionnels. L'engagement de l'Etat pour favoriser l'émergence des OPA est reconnu par tous les acteurs. Cependant l'implication de ces organisations dans le processus d'élaboration des politiques agricoles, à travers un dialogue franc et constructif, demeure assez loin des attentes des acteurs privés. En outre, les OP déplorent l'absence de débat entre elles et l'Etat sur son rôle régalien dans le secteur agricole. Dans ce contexte, dialogue public-privé tel qu'il fonctionne actuellement mériterait d'être réaménagé tant sur la forme que sur le fond, pour qu'il ne soit plus perçu comme un paravent de dialogue motivé par la logique de rente. Les recommandations qui suivent visent à inverser cette tendance. Toutefois, il convient d'emblée de reconnaître que les mesures préconisées ne peuvent pas avoir une portée perceptible à court terme, car elles concernent les ajustements internes au niveau des organisations/acteurs et du comportement des agents publics et privés qui les animent.
 Renforcer les capacités des administrations et des OP en matière de DPP. On pourrait ainsi envisager de promouvoir à travers des séminaires, la charte du dialogue public et faire connaître les bonnes pratiques. Indépendamment de la logique de rente qui caractérise les différents acteurs, il n'est pas certain que ces derniers soient bien sensibilisés sur les enjeux du DPP sur le développement agricole du Cameroun. Formaliser les cadres de concertation OP/Etat
Cette formalisation vise à systématiser le DPP et à structurer le suivi-évaluation des résolutions et des engagements pris par les différentes parties prenantes. L'absence de suivi-évaluation a fortement contribué à discréditer les multiples interactions qui existent entre l'Etat et les OP. La systématisation du dialogue, dans un cadre institutionnel formel, permet des discussions sur la base d'un agenda précis. Les concertations occasionnelles et informelles devraient continuer à cohabiter avec un dispositif institutionnalisé pour que le DPP soit permanent et élargi à tous les sujets. Le processus déclenché par le MINADER en 2005 pour mettre en place une plate-forme professionnelle agricole (PFPA) et les cadres de concertation au niveau provincial et national vise à combler ce vide. Il mérite par conséquent d'être soutenu et porté par les instances au plus haut niveau du gouvernement. Cependant, il semble de plus en plus urgent de clarifier le rôle de la CHAGRI dans ce nouveau dispositif, afin d'en éviter les effets néfastes sur cette réforme déterminante pour l'efficacité du dialogue Etat/OP au Cameroun.
 Mettre en place les mesures d'accompagnement. Les mesures d'accompagnement seraient en priorité de deux ordres : sur le cadre réglementaire et sur l'accès des acteurs à l'information.
Le cadre réglementaire sur les OP devrait être réaménagé pour clarifier le statut d'agriculteur et favoriser la consolidation des OP faîtières d'envergure régionale et les interprofessions sur les filières.
La capacité des OP à participer au DPP est fortement tributaire de leur capacité à produire l'information et à accéder à celle qui existe. Leur viabilité institutionnelle en dépend aussi, dans la mesure où l'information est en général au premier rang des services attendus par les membres des OP.
En dépit du fait que le MINADER ne soit plus capable de réaliser le recensement agricole depuis plus de 20 ans, l'Etat et les bailleurs de fonds investissent des sommes considérables dans les études et les enquêtes thématiques qui peuvent contribuer à enrichir la participation des différents acteurs au DPP. En l'absence d'un système de partage de ces informations disséminées dans différentes administrations, les instituts de recherche, les ONG et les bureaux d'études, l'accès à ces informations demeure assez difficile pour l'ensemble des acteurs.
Ce capital information disponible peut être valorisé par la mise en place d'un système de mutualisation de service d'information pour le développement agricole au Cameroun.

Au Cameroun, l'administration offre de nombreuses opportunités d'interactions avec les organisations de producteurs. Le DPP existe en effet sur les questions de politiques agricoles. Cependant, il n'est pas certain que ce dialogue soit fructueux et constructif parce que les conditions minimales de succès ne sont pas remplies :
le DPP n'est pas systématique et institutionnalisé, il est dominé par les cadres informels de concertation ;
les cadres de concertation sont multipolaires et cloisonnés les uns les autres ;
les OP ont du mal à parler d'une seule voix.
A quelques exceptions près, les OP n'ont pas de capacités à influencer les politiques agricoles au Cameroun. Les rares cas de succès identifiés procèdent, soit des organisations de firmes multinationales (ASSOBACAM), soit des organisations dont les membres sont des entreprises ayant un bon niveau de viabilité économique (OPAVIC, TASK-FORCE).Les contraintes institutionnelles au développement du DPP structuré pour la définition des politiques publiques dans le secteur agricole au Cameroun sont nombreuses et concernent à la fois les administrations, les OP et le cadre réglementaire. Le cadre réglementaire sur les OP est incomplet :le cadre légal qui régit les OP est certes assez libéral, mais il fragilise les organisations faîtières et interprofessionnelles ; l'absence de clarification du statut de l'agriculteur entretien la confusion sur les critères d'éligibilité comme membre d'une OP. La volonté politique de promouvoir les OP se heurte à une administration peu engagée pour un DPP fructueux
la faible sensibilisation des administrations sur les enjeux du DPP : en dépit du foisonnement des occasions d'interactions avec les OP, la logique de rente anéantit l'efficacité du DPP ;l'absence de cadre formel de concertation Etat/OP : la multipolarisation, le cloisonnement et la forte tendance à l'informalisation des cadres de concertation sont trois facteurs qui ruinent la portée et la crédibilité du DPP au Cameroun ;le manque d'engagement à structurer la CHAGRI n'est-il pas aussi la preuve de l'absence de volonté politique pour structurer le DPP ? Les OP ont du mal à parler d'une seule voix. Dans le contexte actuel, marqué par la forte atomisation du mouvement paysan et favorisé par un cadre légal très libéral, il se pose un réel problème de représentativité des OP dans les plates-formes de concertation. Le nombre très limité de véritables confédérations légitimées par des actions concrètes de terrain, d'envergure régionale ou nationale crée un vide dans l'articulation entre le foisonnement d'OP de base et le sommet au niveau régional ou national. Ce vide constitue l'un des maillons faibles de la configuration du paysage des OP souhaitée par la réforme des années 90 et 92.
Il va de soit que ce soient quelques organisations, pas nécessairement représentatives des intérêts d'une multitude de petites OP de base, qui soient considérées souvent comme porte-parole des organisations professionnelles agricoles dans diverses instances de DPP. La capacité des OP à contribuer au DPP et à influencer les règles du jeu est très limitée pour diverses raisons : pour la multitude de micro-organisations qui constituent l'essentiel du tissu du mouvement paysan au Cameroun, la reconnaissance opérationnelle est le premier défi ; c'est à ce prix qu'elles pourraient se légitimer auprès de leurs membres et vis-à-vis des pouvoirs publics ;
pour les OP dont la légitimité est acquise, leur capacité à "influencer les règles du jeu reste très faible à cause de leur précarité au niveau institutionnel : la majorité de ces OP qui monopolisent la scène du DPP ne peuvent se prévaloir, ni d'une légitimité interne, ni des ressources pouvant leur assurer une vie institutionnelle régulière. Elles dépendent financièrement soit des subsides de l'Etat, soit des bailleurs de fonds ; la médiocrité des services rendus aux membres limite leur capacité à mobiliser des ressources propres.













 
    



























 

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Published by NCHEKOUA TCHOUMBA Jean-robert
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